Mardi 03 Juillet 2007

Je lève les yeux et je les vois qui marchent sur la plage. Le jeune homme avec un siège à dos pour porter le bébé. Ce qui lui laisse les mains libres, ainsi il peut prendre la main de sa femme dans la sienne, et laisser l'autre se balancer. Le bonheur se lit sur leur visage. Ils sont intimement complices. Sûrs d'eux. Les plus heureux du monde. Ils le savent. Et ils s'en réjouissent. Ils marchent jusqu'au bout de la plage et disparaissent de ma vue. Je me dis que c'est fini et je me remets à cette activité qui gouverne ma vie. Mais quelques minutes plus tard, les voilà qui reviennent dans l'autre sens. Une seule chose différente, ils ont changé de place. Il se tient de l'autre côté de sa femme, et marche le long de l'océan. Ils se tiennent toujours par la main. Encore plus amoureux si c'est possible. Et ça l'est. Moi je suis là depuis longtemps. Eux, ils ont fait une petite promenade, quinze minutes dans un sens et quinze minutes dans l'autre. Sur leur chemin, ils doivent enjamber des rochers et contourner d'énormes poutres rejetées lors de la dernière tempête. Ils marchent tranquillement, lentement, main dans la main. Ils savent que l'eau est juste à côté d'eux, mais ils sont tellement heureux qu'ils l'ignorent. L'amour sur leurs jeunes visages, l'amour autour d'eux. Peut-être que ça durera toujours. S'ils ont de la chance, s'ils sont bons, et tolérants. Et attentifs. S'ils continuent à s'aimer sans limite. S'ils sont fidèles l'un à l'autre - surtout ça. Ils le seront, bien sûr, ils le seront. Ils savent qu'ils le seront. Je reviens à mon travail. Mon travail revient à moi. Et le vent se lève au-dessus de l'océan. Raymond Carver

publié par Stephan dans: askthedust
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