Moineaux de l'an 1920, la route en hiver était belle ! Et vivre je le désirais, Comme un enfant qui veut danser, Sur l'étang au miroir trop mince, O toi qui m'as connu mon père, Tu témoigneras pour moi s'il le faut, Dans le prétoire à peu près vide des années, Je ne suis point venu sur cette place ensoleillée où c'est la fête, Avec des intentions de sergent de ville ou de marchands de bêtes, Et s'il me plaît à moi de laisser rire, Et de pleurer tout seul dans l'allée, Qu'est-ce que çà peut faire aux juges ? Dîtes ! Qu'est-ce que çà peut faire un enfant sous la roue, Quand il y a de jolies femmes sur les bancs, Et que l'air est particulièrement doux, Condamnez celui qui veille sur les lys et les absinthes, Les secondes lui battent dans le coeur comme des graines de coloquinte, Je suis là pour tout accepter et je ne plaide pas innocent, Je crois en Dieu parce qu'il n'y a pas moyen de faire autrement, Parce que c'est tout à fait extraordinaire, D'être né un jour de carnaval dans la Brière, Où rien n'est travesti, Où tout se règle à l'amiable entre deux coups de fusil, J'ai revu cette nuit les compagnons de mon enfance, Qui pourraient vivre chantournés avec des barbes de crédences, Ce sont les prêtres de ma religion, Mais leurs fils ne sont pas dans le secret de notre Opération. Tu t'es fait des copains dans ta mémoire, Tu sais bien qu'au matin, Tu peux partir à jeun, Sous de pommiers, Dans la rue triste d'une ville, Quelqu'un sera debout qui te tendra les mains, Je voudrais vous rejoindre ainsi qu'un parent oublié et sans fixer la date, Mais votre continent est inconnu et les eaux sont profondes sur les cartes, Je songe à vous auprès d'Hélène en le fouillis de ma maison, Mais on ne refait pas l'histoire de Jeanne et il n'y a pas de raison, Pour que ce soit toujours le même qui entende, Le cri des hommes qui ont mal et le gémissement des plantes, Mille tendresses à vous tous, Que je ne connaîtrai jamais ! Et je peux bien mourir en douce, Nul de vous n'en aura regret, Je suis debout dans mon jardin à des kilomètres de la Capitale, Je retrouve contre la joue du soir l'inclinaison natale, Les oiseaux parlent dans la haie, Un train sans voyageurs passe dans la forêt, Et ma femme a cueilli les premières ficaires, Quelques-uns de ceux que j'aime sont assis dans des cafés littéraires, Je ne les envie pas ni les méprise pour autant, Mon chien s'ennuie, Et c'est peut-être le printemps, Et tout à l'heure je vais jaillir du sol comme une tulipe, Vous achevez vos palabres aux Deux-Magots ou bien au Lipp, Je monte dans ma chambre et prépare les feux, J'appareille tout seul vers la face rayonnante de Dieu, Ah! croyez-moi je ne suis pour rien dans ce qui m'arrive, J'ai vingt-neuf ans et c'est un tournant suffisamment décisif, Je connais vos journaux et vos grands éditeurs, Cà ne vaut pas une nichée de larmes dans le coeur, Abattez-moi comme un ormeau domanial au bord de la grande forêt, Vous ne pourrez jamais rien contre ce chant qui est en moi et qui s'échappe de ma bouche, Que m'importe l'interdit des lâches et que mon Lied ne soit jamais enregistré, Il est porté par le bouvreuil et l'alouette jusqu'à la haute cime des blés, Buvez quand même ô fils ingrats ! Buvez mes larmes et dans l'instant désaltérés, Crachez sur moi, Crachez bien droit, Comme des hommes, Cadou s'en moque. - René-Guy Cadou, in Hélène ou le règne végétal, 1949
publié par Stephan dans: askthedust
Les hommes en naissant sont tendres et frêles,
La mort les rend durs et rigides
En naissant les herbes et les arbres sont tendres et fragiles,
La mort les rend desséchés et amaigris
Le dur et le rigide conduisent à la mort
Le souple et le faible conduisent à la vie
Forte armée ne vaincra
Grand arbre fléchira
La dureté et la rigidité sont inférieures
La souplesse et la faiblesse sont supérieures.
Lao tseu
publié par Stephan dans: askthedust

